Propriétaire calculant les frais de gestion immobilière avec documents et calculatrice
Publié le 12 mars 2024

Le taux de 7% de vos frais de gestion ne révèle qu’une fraction du coût réel de votre intermédiation locative ; la vraie perte se niche dans les frais annexes et les mauvais arbitrages.

  • Certains frais facturés en plus du mandat, comme les frais de dossier ou de photocopie pour le locataire, sont souvent illégaux.
  • La stabilité d’un locataire sur 3 ans peut augmenter votre revenu net de près de 15% par rapport à une stratégie de loyer élevé avec un fort turnover.

Recommandation : Cessez de subir vos frais et auditez votre contrat et vos comptes-rendus de gérance ligne par ligne pour transformer ce centre de coût en un véritable levier de rentabilité.

La ligne « Honoraires de gestion » sur votre compte-rendu affiche un taux de 7%, et vous vous demandez si c’est justifié. Cette question, de nombreux propriétaires bailleurs en France se la posent. Vous avez l’impression de payer cher pour un service parfois opaque, des réponses tardives et des initiatives limitées. Vous comparez ce chiffre aux revenus nets qu’il vous reste et l’équation semble déséquilibrée. Cette frustration est légitime, mais se concentrer uniquement sur ce pourcentage, c’est regarder le doigt quand il faudrait regarder la lune.

Le débat habituel oppose les agences traditionnelles aux plateformes en ligne, promettant des taux plus bas. C’est une partie de la réponse, mais elle est incomplète. Le véritable enjeu n’est pas de payer le moins cher possible, mais de payer le juste prix pour un service défini, mesurable et aligné avec vos intérêts de propriétaire. La clé n’est pas dans une négociation frontale agressive, mais dans un audit méticuleux de ce que vous payez réellement, au-delà du pourcentage affiché.

Cet article va vous transformer en auditeur de vos propres coûts immobiliers. Nous allons décomposer, ligne par ligne, les frais visibles et cachés de la gestion locative. Nous traquerons les « frais fantômes » illégaux, nous calculerons le coût réel du turnover, et nous évaluerons la performance d’une agence non pas à son taux, mais à sa capacité à gérer les imprévus et à sécuriser votre rentabilité sur le long terme. Préparez votre surligneur, nous allons analyser la facture.

Pour vous guider dans cette analyse, nous avons structuré ce guide en plusieurs étapes clés. Vous découvrirez comment décortiquer chaque aspect des frais de gestion, des honoraires de mise en location aux coûts cachés des travaux, afin de prendre des décisions éclairées pour votre patrimoine.

Honoraires de location : comment faire baisser la facture d’un mois de loyer à la signature du bail ?

Avant même de parler de gestion mensuelle, le premier impact sur votre trésorerie est l’honoraire de mise en location. Souvent, les agences proposent un forfait équivalent à un mois de loyer hors charges, une pratique courante mais loin d’être une fatalité. La loi ALUR a clarifié les règles du jeu, notamment sur la répartition des frais entre le propriétaire et le locataire. Comprendre cette répartition est votre premier levier d’action. En effet, la part payée par le locataire est strictement plafonnée, tant en montant total qu’en tarif par mètre carré. Par conséquent, l’essentiel du coût de la recherche et de la mise en place du locataire repose sur vous, le bailleur.

La négociation de ces frais est non seulement possible, mais recommandée. Votre marge de manœuvre dépend de plusieurs facteurs : l’attractivité de votre bien, la tension du marché local et la relation que vous entretenez avec l’agence. Pour un T2 de 50m² en zone tendue comme Lyon, le plafond ALUR limite les frais du locataire à 10€/m² (soit 500€), plus 3€/m² pour l’état des lieux (150€). Si l’agence facture 1000€ au total, 350€ resteront à votre charge. C’est sur cette part que la négociation est la plus efficace. Une agence sera plus encline à réduire sa commission si vous lui confiez en même temps le mandat de gestion sur plusieurs années, créant ainsi une relation commerciale durable.

Pour aborder cette négociation de manière stratégique, voici une méthode éprouvée :

  • Vérifiez le plafond ALUR : Connaître le montant maximum imputable au locataire dans votre zone (12€/m² en zone très tendue, 10€/m² en zone tendue, 8€/m² ailleurs) vous donne une base factuelle de discussion.
  • Faites jouer la concurrence : Sollicitez au moins trois agences de votre secteur et obtenez des devis écrits. Un devis plus compétitif est le meilleur argument pour demander à votre agence préférée de s’aligner.
  • Proposez un engagement : Un mandat de gestion couplé à la mise en location et signé pour 2 ou 3 ans est un signal fort. En échange de cette fidélité, demandez une réduction significative sur les honoraires de location initiaux.
  • Alignez les intérêts : Négociez une clause de « succès partagé », comme un remboursement partiel des honoraires si le locataire quitte le logement avant 12 mois. Cela incite l’agence à sélectionner un dossier plus stable.

L’objectif n’est pas de presser l’agence au maximum, mais de trouver un accord équilibré qui la motive à trouver rapidement un locataire de qualité. Un partenaire satisfait est un partenaire plus performant sur la durée.

Frais de dossier, photocopies, timbres : les lignes facturées illégalement par certains syndics

C’est ici que le travail d’audit commence véritablement. Votre compte-rendu de gérance doit être scruté à la loupe. Si les honoraires de gestion sont le coût principal et visible, une multitude de petites lignes peuvent s’ajouter, grignotant votre rentabilité. Ces « frais fantômes » – frais de dossier, de traitement administratif, de photocopies, de correspondance – sont souvent facturés à tort et parfois en toute illégalité. La loi est très claire à ce sujet : le mandat de gestion, pour lequel vous payez un pourcentage mensuel, doit couvrir l’ensemble des tâches de gestion courante.

Toute facturation supplémentaire pour une tâche qui relève de l’administration normale du bien est abusive. La seule exception concerne les prestations explicitement listées hors du mandat initial, comme le suivi de gros travaux ou la gestion d’un contentieux lourd. Selon le Service Public français, à l’exception des quatre types de frais liés à la mise en location (visite, dossier, bail, état des lieux), tous les autres frais facturés par l’agence immobilière sont à payer entièrement par le propriétaire si le contrat le prévoit, mais ils doivent correspondre à des prestations spécifiques et non à la gestion courante déjà rémunérée.

Gros plan sur une main analysant une facture de frais de gestion avec surligneur

Détecter ces frais est la première étape, mais que faire ensuite ? Il ne faut pas laisser passer ces anomalies. Contester ces frais non seulement vous permet de récupérer des sommes indûment versées, mais envoie aussi un signal clair à votre gestionnaire : vous êtes un propriétaire vigilant. Le silence est souvent interprété comme une acceptation, ouvrant la porte à d’autres frais « créatifs » à l’avenir. Suivre une procédure formelle est la meilleure garantie de succès.

Plan d’action : contester les frais de gestion illégaux

  1. Identification précise : Épluchez vos trois derniers comptes-rendus de gérance. Listez toutes les lignes de frais qui ne sont ni les honoraires de gestion, ni des prestations exceptionnelles que vous avez validées (ex: travaux). Comparez cette liste à celle, très restrictive, des prestations pouvant être facturées en plus, définie dans l’article 10 de la loi du 6 juillet 1989.
  2. Demande de remboursement formelle : Rédigez une lettre recommandée avec accusé de réception à l’agence. Citez les lignes de frais contestées et les textes de loi applicables. Demandez le remboursement des sommes perçues et une régularisation pour l’avenir. Restez factuel et professionnel.
  3. Médiation et alerte : En l’absence de réponse ou en cas de refus, contactez une association de défense des consommateurs (comme la CLCV ou l’UFC-Que Choisir) ou la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) pour signaler ces pratiques.
  4. Saisine du médiateur : Une démarche gratuite et souvent efficace consiste à saisir le Médiateur de la consommation pour l’immobilier (par exemple, l’ANM Conso Immo, si l’agence y est affiliée). Il proposera une solution amiable au conflit.
  5. Recours judiciaire : En dernier ressort, si les sommes en jeu le justifient, vous pouvez saisir le tribunal compétent (juge de proximité ou tribunal d’instance) pour obtenir le remboursement. Cette étape est rare si les précédentes ont été bien menées.

Ligne 221 : comment déduire 20 € de frais de gestion forfaitaires par local sans justificatif ?

L’optimisation de votre rentabilité passe aussi par une fiscalité maîtrisée. Lorsque vous déclarez vos revenus fonciers au régime réel, vous pouvez déduire l’ensemble de vos charges, y compris les frais de gestion. Mais la loi prévoit une subtilité intéressante pour les propriétaires qui gèrent eux-mêmes leurs biens : un forfait pour « frais de correspondance et menues dépenses ». Concrètement, vous pouvez déduire un montant forfaitaire de 20 € par local loué et par an, sans avoir à fournir le moindre justificatif. C’est ce que l’on déclare sur la ligne 221 du formulaire 2044.

Cette option est une aubaine pour les bailleurs en autogestion qui engagent de petites dépenses difficiles à tracer : timbres, déplacements, appels téléphoniques, etc. Cependant, il est crucial de comprendre que ce forfait de 20 € n’est pas cumulable avec la déduction des frais réels pour les mêmes postes de dépenses. Vous devez faire un arbitrage : soit vous optez pour le forfait, soit vous conservez tous vos justificatifs (factures de logiciel de gestion, d’achat de modèles de documents, etc.) et déduisez le montant exact de vos dépenses. Pour un propriétaire qui gère 3 studios lui-même, il peut déduire 60€ sans rien prouver. Mais s’il a dépensé 250€ en logiciel et 100€ en frais divers, il a tout intérêt à choisir les frais réels. Le seuil de rentabilité est donc de 20€ de frais réels par an et par bien.

Pour les propriétaires qui délèguent entièrement la gestion à une agence, cette option n’est pas pertinente. En effet, les honoraires d’agence, qui se situent généralement entre 6% et 10% des loyers encaissés, sont bien supérieurs à 20€. Vous déduirez donc simplement le montant total des honoraires facturés par l’agence, qui constitue une charge bien plus importante. D’ailleurs, selon les données, environ 35% des propriétaires en France optent pour une gestion déléguée, pour qui la déduction des frais réels est systématiquement la plus avantageuse. L’option du forfait à 20 € est donc réservée à l’autogestion ou à la gestion mixte.

Voici une grille simple pour vous aider à y voir clair :

Forfait 20€ vs Frais réels : comment choisir pour optimiser votre déclaration ?
Type de gestion Option forfait 20€ Option frais réels Ce qu’il faut faire
Autogestion totale 20€ par bien/an sans justificatif. Déduction de toutes les dépenses (logiciel, papeterie, etc.) avec justificatifs. Si vos frais annuels réels dépassent 20€ par bien, optez pour les frais réels. Sinon, le forfait est plus simple.
Gestion déléguée Non applicable. Déduction intégrale des honoraires d’agence (6-10% des loyers). Toujours opter pour les frais réels. La déduction est bien plus importante que le forfait.
Gestion mixte (périodes d’autogestion) 20€ applicable au prorata de la période d’autogestion. Déduction des frais réels engagés pendant la période d’autogestion. Calcul au cas par cas, mais les frais réels sont souvent plus intéressants si vous utilisez des outils payants.

Gestion complète ou GLI seule : quelle option maximise votre revenu net ?

L’un des arbitrages stratégiques les plus importants pour un bailleur est de choisir le bon niveau de couverture contre les risques. Faut-il souscrire une Garantie Loyers Impayés (GLI) en solo et gérer le reste soi-même ? Ou bien déléguer l’ensemble à une agence qui inclut cette garantie dans son pack ? La réponse n’est pas évidente et dépend de votre profil de risque, de votre disponibilité et… d’un calcul simple de revenu net. En effet, une étude de Particulier à Particulier mise à jour en octobre 2024 montre que les agences en ligne facturent entre 4 et 6% TTC contre 7 à 10% TTC pour une agence traditionnelle, mais ces pourcentages incluent-ils les mêmes services ?

Le coût n’est qu’un des éléments de l’équation. Une gestion complète par une agence premium inclut non seulement la GLI mais aussi la gestion des relations avec le locataire, le suivi des petites réparations, l’envoi des quittances, la régularisation des charges, etc. Une GLI souscrite individuellement ne couvrira que les impayés et les dégradations, vous laissant la charge de tout le reste. Le temps, c’est de l’argent. Si vous passez plusieurs heures par mois à gérer votre location, ce coût d’opportunité doit être intégré dans votre calcul.

Pour prendre la meilleure décision, il faut modéliser. Prenons l’exemple d’un T2 loué 650€ par mois (soit 7800€ par an) et comparons les options. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et révèlent souvent des surprises.

Simulation comparative pour un T2 à 650€/mois
Option Coût annuel approximatif Couverture Revenu net annuel (avant impôts et autres charges)
Autogestion + GLI individuelle 195€ (2,5% du loyer) Impayés et dégradations uniquement 7 605€
Agence en ligne + GLI incluse 468€ (6% du loyer) Gestion complète digitalisée + impayés 7 332€
Agence tradi. sans GLI 546€ (7% du loyer) Gestion complète sans garantie impayés 7 254€ (non recommandé, risque trop élevé)
Agence tradi. avec GLI (pack premium) 780€ (10% du loyer) Gestion complète de proximité + impayés 7 020€

Le tableau montre clairement que l’autogestion avec GLI maximise le revenu net brut. Cependant, la différence avec une agence en ligne n’est que de 273€ par an (environ 23€/mois). Pour ce prix, vous déléguez toute la gestion courante. L’agence traditionnelle, quant à elle, coûte 585€ de plus par an que l’autogestion. Ce surcoût se justifie-t-il par une plus grande tranquillité d’esprit, une meilleure connaissance du marché local et une gestion proactive des problèmes ? C’est à chaque propriétaire de faire cet arbitrage final en fonction de sa situation personnelle.

L’erreur d’accepter 5% d’honoraires de suivi de travaux sans définir le rôle du gestionnaire

C’est un scénario classique : une fuite importante, une chaudière à remplacer, ou la rénovation d’une salle de bain entre deux locataires. L’agence vous propose de « gérer le chantier » contre des honoraires supplémentaires, souvent un pourcentage (typiquement 5%) du montant des travaux. Accepter sans un cadre précis est une erreur coûteuse. Que signifie « gérer » ? S’agit-il d’une simple mise en relation avec un artisan de son réseau, ou d’une véritable mission de maîtrise d’œuvre incluant suivi de chantier, réception des travaux et vérification des factures ?

Le flou est l’ennemi de votre portefeuille. Sans un périmètre clair, vous risquez de payer pour un service minimal. Vous pourriez vous retrouver avec des travaux mal exécutés, des délais non respectés et des surcoûts, tout en ayant rémunéré l’agence pour sa « supervision ». D’après une étude de Homepilot sur 474 agences parisiennes, les frais de gestion locative s’élèvent en moyenne à 7,5% pour la gestion courante, auxquels peuvent s’ajouter des frais annexes pour ce type de prestation. Il est donc fondamental de ne pas considérer ces honoraires travaux comme une simple ligne de plus, mais comme un véritable contrat de service.

La solution est de formaliser. Avant d’accepter la moindre prestation de suivi de travaux, exigez un avenant au mandat de gestion. Ce document doit définir noir sur blanc les obligations de l’agence et vos droits en tant que mandant. Un tel document vous protège et assure que les honoraires que vous versez correspondent à une valeur ajoutée réelle.

Voici les clauses indispensables à faire figurer dans cet avenant :

  • Article 1 : Périmètre de la mission. Définir précisément le rôle de l’agence : simple coordination et accès, ou maîtrise d’œuvre complète avec responsabilité du suivi et de la réception.
  • Article 2 : Mise en concurrence. Imposer la présentation d’un minimum de deux ou trois devis d’artisans différents pour tout chantier dépassant un seuil que vous fixez (par exemple, 500 €).
  • Article 3 : Reporting. Exiger un compte-rendu de suivi régulier (hebdomadaire pour les gros chantiers) avec photos à l’appui pour constater l’avancement.
  • Article 4 : Plafond de délégation. Limiter le pouvoir de l’agence à engager des dépenses sans votre accord préalable. Par exemple, l’agence peut commander des travaux jusqu’à 200€, mais doit obtenir votre validation pour tout montant supérieur.
  • Article 5 : Clause de responsabilité. Prévoir la responsabilité de l’agence en cas de manquement à sa mission de supervision, par exemple si une malfaçon évidente n’est pas détectée lors de la réception des travaux.

En encadrant ainsi les interventions, vous transformez une source potentielle de litiges et de surcoûts en un processus maîtrisé et transparent.

Agence de quartier ou plateforme en ligne : qui gère le mieux les fuites d’eau le dimanche ?

Le vrai test pour un gestionnaire locatif n’est pas l’envoi de la quittance à temps, mais sa réactivité face à l’imprévu. La fameuse fuite d’eau un dimanche après-midi est le scénario catastrophe pour tout propriétaire. C’est dans cette situation de crise que la différence entre une agence de quartier et une plateforme en ligne se matérialise le plus crûment. L’une mise sur la proximité et un réseau local, l’autre sur la digitalisation et des process nationaux. Lequel est le plus efficace ?

L’agence de quartier traditionnelle a souvent un avantage : son réseau d’artisans locaux. Le gestionnaire connaît personnellement un plombier qui peut se déplacer en urgence, même le week-end, car ils ont une relation de confiance bâtie sur des années. Cette intervention rapide a un coût, mais elle limite les dégâts et rassure le locataire. Le gestionnaire de proximité connaît aussi parfaitement l’immeuble et le logement, ce qui peut accélérer le diagnostic. La communication se fait souvent via le téléphone portable du gestionnaire, offrant une ligne directe en cas d’urgence.

De l’autre côté, les plateformes en ligne s’appuient sur des réseaux nationaux de dépanneurs. L’alerte est donnée via une application ou une hotline 24/7. Le processus est standardisé, mais peut être plus impersonnel. Le délai d’intervention peut être légèrement plus long (4-8h contre 2-4h pour le local), mais les tarifs sont souvent négociés en amont et peuvent être plus compétitifs. Le suivi se fait via un espace client digital, avec un ticket d’incident et des mises à jour. Le propriétaire est parfois plus sollicité pour valider les devis à distance.

Le choix dépend de votre profil. Un propriétaire éloigné de son bien préfèrera sans doute la tranquillité d’esprit apportée par l’agence de quartier qui peut tout gérer sur place. Un propriétaire plus à l’aise avec les outils numériques et cherchant à optimiser les coûts pourra être séduit par l’efficacité processée des plateformes. Voici un résumé comparatif pour cet exercice de crise :

Réactivité et coûts en cas d’urgence : agences traditionnelles vs plateformes
Critère Agence de quartier Plateforme en ligne
Délai d’intervention 2-4 heures (réseau d’artisans de confiance) 4-8 heures (réseau national de dépanneurs)
Point de contact urgence Portable du gestionnaire (si disponible) Hotline ou service de ticket 24/7
Connaissance du bien Excellente, le gestionnaire a visité le bien. Limitée, gestion basée sur des fiches.
Suivi de l’assurance Prise en charge complète du dossier sinistre. Fourniture des documents standards au propriétaire.
Coût de la gestion mensuelle 7-10% du loyer 3.9-6% du loyer

Pourquoi un locataire qui reste 3 ans vous rapporte 15% de plus qu’un loyer élevé avec turnover ?

Dans la quête de rentabilité, beaucoup de propriétaires se focalisent sur un seul indicateur : le montant du loyer. L’erreur est de vouloir à tout prix fixer le loyer au plus haut de la fourchette du marché, en pensant maximiser les revenus. C’est une stratégie à court terme qui ignore un coût majeur, souvent sous-estimé : le coût de la friction locative. Ce coût englobe tous les frais et pertes liés au changement de locataire : la vacance locative, les frais de remise en location, les frais de rafraîchissement et le temps passé à gérer la transition.

La stabilité est votre meilleure alliée financière. Un locataire qui reste plusieurs années dans le logement, même avec un loyer légèrement inférieur au prix maximum du marché, est une véritable mine d’or. Chaque changement de locataire déclenche une cascade de dépenses. Le baromètre iad Location & Gestion est clair : les frais d’agence pour la recherche de locataire coûtent en moyenne 0,95 mois de loyer à Paris. Ajoutez à cela un mois de vacance locative (le temps de trouver un nouveau locataire et qu’il s’installe) et des frais de petites réparations ou de peinture, et la facture grimpe très vite.

Étude de cas : Stabilité vs. Turnover pour un T3 à 900€/mois sur 3 ans

Faisons un calcul simple. Scénario 1 (stabilité) : un bon locataire reste 36 mois. Revenus bruts : 36 x 900€ = 32 400€. Frais de mise en location initiaux : -900€. Revenu net avant autres charges : 31 500€. Scénario 2 (turnover) : vous changez de locataire chaque année pour essayer de « coller au marché ». Sur 3 ans, vous avez 3 locataires. Hypothèse : vous subissez au total 2 mois de vacance locative (-1800€), vous payez 3 fois les frais de mise en location (-2700€) et vous devez prévoir un budget de rafraîchissement plus important (-800€). Vos revenus bruts de 32 400€ sont amputés de 5300€ de frais. Revenu net avant autres charges : 27 100€. La différence est de 4 400€, soit une perte de 13,6% de vos revenus sur la période.

La conclusion est sans appel. Un loyer légèrement plus attractif (5% sous le marché par exemple) pour un excellent dossier peut non seulement accélérer la mise en location initiale mais surtout fidéliser votre locataire sur le long terme. Investir dans une bonne relation avec son locataire, être réactif à ses demandes et maintenir le logement en bon état est une stratégie de rentabilité bien plus efficace que la course au loyer le plus élevé. Un locataire heureux est un locataire qui reste, qui paie et qui prend soin de votre bien.

À retenir

  • L’audit de vos comptes-rendus de gérance est la première étape : traquez et contestez les petits frais annexes (dossier, correspondance) qui sont souvent illégaux.
  • La stabilité d’un locataire est un actif financier majeur. Un turnover élevé peut vous coûter jusqu’à 15% de vos revenus sur 3 ans, bien plus qu’un loyer légèrement sous-évalué.
  • La véritable valeur d’une agence ne se mesure pas à son taux, mais à sa réactivité en cas de crise (la fuite du dimanche). C’est ce service qui justifie ou non son coût.

Comment déléguer la gestion de vos appartements sans sacrifier votre rentabilité locative ?

Après avoir audité les coûts, compris l’importance de la stabilité et évalué les différents modèles de gestion, la question finale demeure : comment choisir le bon partenaire pour déléguer la gestion de vos biens ? L’objectif n’est pas de trouver l’option la moins chère, mais celle qui offre le meilleur rapport service/coût/tranquillité pour votre situation spécifique. La rentabilité ne se résume pas à un pourcentage ; elle intègre le temps que vous économisez, le stress que vous évitez et la valorisation de votre patrimoine sur le long terme. Les honoraires moyens, qui se situent entre 4% et 10% TTC du loyer en 2025, doivent être mis en perspective avec la qualité du service rendu.

Choisir une agence, c’est comme recruter un collaborateur. Vous devez évaluer ses compétences, sa fiabilité et sa transparence. Pour cela, une « scorecard » basée sur des critères objectifs est votre meilleur outil. Avant de signer un mandat, posez les bonnes questions et demandez des chiffres. Une agence performante doit être capable de vous fournir des indicateurs de performance sur son parc de gestion. Par exemple, une étude de cas intéressante montre que pour un cadre facturant son temps à 50€/h, déléguer devient rentable dès 2h/mois consacrées à la gestion, alors que pour un retraité, ce seuil est plus élevé. L’éloignement géographique du bien est aussi un facteur qui abaisse drastiquement le seuil de rentabilité de la délégation.

Enfin, n’oubliez jamais qu’un mandat de gestion n’est pas un mariage à vie. Vérifiez les conditions de résiliation. Un préavis raisonnable (généralement 3 mois avant l’échéance annuelle du contrat) est un signe de confiance de la part de l’agence. Une agence qui cherche à vous enfermer avec des clauses de résiliation complexes ou coûteuses est à fuir.

Voici une checklist pour évaluer objectivement vos candidats gestionnaires :

  • Performance locative : Quel est le taux de vacance moyen de votre parc ? Quel est votre délai moyen pour relouer un bien similaire au mien ?
  • Transparence financière : Puis-je voir un exemple de votre compte-rendu de gérance mensuel ? Votre grille tarifaire inclut-elle tous les frais annexes possibles ?
  • Gestion des risques : Quelle GLI proposez-vous ? Quelles sont ses franchises, plafonds et exclusions ?
  • Réactivité et réseau : Quelle est votre procédure en cas d’urgence le week-end ? Combien d’artisans par corps de métier avez-vous dans votre réseau référencé ?
  • Outils et communication : Proposez-vous un espace propriétaire en ligne ? Comment serai-je notifié des événements importants ?
  • Satisfaction client : Où puis-je consulter des avis de propriétaires que vous gérez ? (Vérifier Google, Trustpilot, etc.).

En définitive, auditer, comprendre et choisir activement votre mode de gestion est l’étape cruciale pour tout investisseur immobilier. Pour mettre en pratique ces conseils, évaluez dès maintenant votre contrat actuel et comparez-le aux standards du marché en utilisant notre grille d’évaluation. C’est le premier pas pour reprendre le contrôle et maximiser le rendement net de votre investissement.

Rédigé par Karim Benali, Administrateur de biens et juriste en droit immobilier, gestionnaire d'un parc de 400 lots. Expert en gestion locative, prévention des impayés et maintenance technique des immeubles en copropriété.